Au nom de la bombe
En 1960, le général de Gaulle lance une série d’essais nucléaires en plein désert algérien. Il souhaite, en effet, développer la technologie nucléaire en France afin de peser dans le jeu des relations internationales face aux États-Unis ou à l’URSS. Ces essais – bien qu’ayant connu des pauses – dureront jusqu’en 1996 et concerneront, après l’Algérie, les territoires polynésiens. Ce sont 210 bombes et, de près ou de loin, 150000 hommes et femmes qui sont touchés. Beaucoup étaient fiers de contribuer ainsi à la grandeur de la France, toutefois, au bout de quelques années les premières maladies apparaissent, et avec elles les premiers mensonges d’État.
Cet album est une réédition d’une BD publiée chez Delcourt en 2010. Le sujet reste brûlant et d’actualité tant le silence de l’État est pesant sur le sujet, en témoigne la sortie le 10 mars dernier d’un essai de Sébastien Philippe et Tomas Statius, Toxique. Enquête sur les essais nucléaires français en Polynésie.
Rompu au genre de la BD sociale, historique et documentaire, avec des albums comme Amiante, chronique d’un crime social ou ses articles pour la Revue XXI, Albert Drandov mène ici un travail d’enquête sérieux et documenté. Avec un chapitrage resserré et un strict respect de la chronologie, il mêle récits d’appelés, d’engagés, de personnels. La rigueur informative et historique est au rendez-vous. Le trait fin de Franckie Alarcon – Lovely trouble, L’art du sushi – campe les personnages avec justesse et les met en scène dans leurs narrations et leurs actions. Les couleurs dynamisent le récit et permettent d’échapper à une narration historique qui, par son sérieux, pourrait apparaître comme trop sèche. Un document de qualité, à la fois édifiant et accablant pour l’État français.
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