Bouquet de peurs



Ah, vous êtes anxieux vous aussi ? Ça tombe bien : après 3 papas, un premier album dans lequel il nous racontait son enfance singulière, Nando von Arb continue dans la veine autobiographique avec Bouquet de peurs où il tente d’exposer au grand jour les viscères de son angoisse perpétuelle. Ne vous inquiétez pas, c’est pour notre bien à tous.
Laissons la rationalité de côté, ici tout n’est que sensations et suppositions. Le long des 432 pages, le Suisse enchaîne les mini-récits où il se débat avec ce boulet lui pourrissant spectaculairement la vie. Du visionnage de l’effrayant Taram et le chaudron magique un jour d’enterrement au voyage d’étude passé sous Xanax, en passant par une hypocondrie terrible en milieu conjugal, Nando von Arb nous montre les petits cailloux qui ont alourdi sa besace, naviguant entre causes possibles et conséquences fracassantes.
Mais bien plus que la simple narration de ces passages pénibles, c’est sur le terrain du dessin que Nando von Arb accomplit sa véritable purge. Pas forcément convaincu par la pertinence de la case, il lui préfère souvent l’illustration pleine page, voire en double-page, dans des compositions bluffantes, qu’elles soient saturées de couleurs et de bruits, ou silencieuses et minimales. Au-delà de la beauté parfois ébouriffante de certaines images, l’impression laissée par ce feu d’artifice pictural est celui d’un artiste qui, en libérant son trait, libère aussi son esprit. Souvent au bord de l’abstraction, ces moments explorent magistralement la confusion des sentiments et le bordel psychologique d’une vie où le souffle de la mort est omniprésent. Une bouillie mentale enfin étalée au grand jour et qui lui permet, sans doute, d’y voir plus clair.
Le spectateur, assailli par ces outrances graphiques, est touché physiquement, d’autant plus que ce qu’il lit vient réveiller en lui certaines sensations bien connues. L’exorcisme se joue ici à deux et la passivité du lecteur n’est bientôt plus qu’un lointain souvenir. Bouquet de peurs est une bande dessinée aussi subtile qu’explosive, aussi belle qu’éprouvante : une expérience.
Traduction : Yves Nusbaum
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