Castelmaure
Ça débute par une histoire de sorcière dans les bois, du genre à gober des yeux de lapins, mais qui s’effraie d’apercevoir un gamin, pourtant a priori inoffensif, et finalement terriblement angoissant, avec les globes oculaires creux. Du pain bénit pour le mythographe, passeur de cette histoire, qui n’aime rien tant que recueillir « un récit anodin auquel, de bouche à oreille, s’agrègent moult fantaisies et inventions ». Ce héros original s’est épuisé pendant dix années à chercher Eric, souverain de Castelmaure disparu dans des circonstances obscures, deux décennies auparavant.
Des chapitres habilement agencés reconstituent le parcours torturé du roi. Il y a son désir d’enfant, partagé par sa femme, mais difficile à assouvir. Il se décide à trouver la sorcière locale — oui, celle rencontrée en pleine forêt — et fait confiance à sa potion. Si la reine Isabeau tombe bien enceinte, l’arrivée de l’enfant ne se déroulera pas comme prévu, sur fond d’une trahison familiale…
Au scénario, Lewis Trondheim semble s’être follement amusé avec les éléments constitutifs du conte médiéval, en leur ajoutant un twist inattendu. On goûte donc fort ce récit assez palpitant, aux personnages originaux et attachants. Le graphisme d’Alfred, fluide et lumineux, permet d’apprécier encore davantage cet exercice de style malin et prenant qu’est Castelmaure.
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Une réussite de dessin et scénario. Le travail de ces deux auteurs, si différents, se complète ici parfaitement. Le dessin coloré, poétique et expressif d’Alfred illustre parfaitement le scénario malin, inventif et bien structuré de Lewis Trondheim. Un vrai plaisir de lecture, en espérant qu’ils renouvellent un jour l’expérience.
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