Nemo : Les Roses de Berlin
Seize ans après avoir suivi les traces de son père en Antarctique, la pirate scientifique Janni Nemo débarque en 1941 à Berlin, au cœur de la Seconde Guerre mondiale, pour y délivrer des proches – sa fille Hira et son gendre Robbur – retenus prisonniers par un pouvoir maléfique et dangereux, dans une métropole aliénée par le progrès scientifique…
Le précédent Nemo : Cœur de glace présageait un retour en grâce du duo Alan Moore/Kevin O’Neill, confirmé ici par Les Roses de Berlin. Plus de désert glacial mais une ville effrayante symbole de modernité : robotisée, peuplée de machines fumantes, d’automates endormis et de savants inquiétants, le décorum SF en forme de parabole futuro-réaliste se révèle fascinant. Au-delà d’une intrigue linéaire toujours punchy, Moore inclut de géniales trouvailles pour mieux souligner la modernité totalitaire et se réapproprier ce moment de l’Histoire : écrans géants (des télés?), inventions de Mabuse, soldats d’un nouveau genre – « des machines humaines » – clins d’oeil à l’histoire et au cinéma (Chaplin, Le Dictateur…), Moore multiplie références et inter-champs textuels, misant sur l’intelligence de son lecteur, sans lourdeur et avec une fluidité narrative retrouvée. Tellement fluide ou rapide d’ailleurs que la romance entre Janni et son mari fonctionne mal. O’Neill, lui, n’a peut-être jamais paru aussi à l’aise et le format comics briderait presque ses pleines pages de toute beauté, son trait anguleux épousant à merveille l’esthétique rationaliste et mécaniste de l’album. Une nouvelle réussite pour cette déclinaison de l’univers de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, de plus en plus convaincante après le léger passage à vide de l’arc Century.
Publiez un commentaire