Sept milliards de chasseurs-cueilleurs
Deux personnages en perpétuelle mutation, dans un monde sans cesse en mouvement. Deux Amérindiens, deux amis, deux ennemis, deux figures animales, reflet l’un de l’autre des possibles de la nature humaine. Voilà les deux héros-narrateurs de cette bande dessinée hors norme, composée d’un dialogue ininterrompu, à la fois profond, poétique et absurde.
Dès le départ, on est paumé dans ce récit en apparence sans queue ni tête, feuilleton gigogne et à tiroirs, qui ne raconte rien et en même temps tout. Car Thomas Gosselin s’est mis en tête, à travers les rencontres et discussions d’un Indien à plumes et de son comparse devenant peu à peu cow-boy, de parcourir gaiement les grands thèmes de la philosophie: le langage, la représentation par l’image, la foi, les passions, le temps, la religion, la loi… Et surtout, l’être humain, sa nature et sa culture. Qui est-il, d’où vient-il, où va-t-il? Pas de réponse, bien sûr, juste les grandes interrogations qui font que l’homme est l’homme, car il réfléchit toujours à ce qu’il est et ce qu’il désire.
Alors, si on ose franchir le cap de l’incompréhension, et du troublant malaise qui en naît, on se délecte de cette fantaisie jouissive au trait expressif et aux couleurs lumineuses, théâtre de l’absurde en dessin et expérience narrative hors du commun et pleine d’humour. Qui titille un cerveau endormi par trop de lectures banales, et qui pousse les frontières de la bande dessinée toujours un peu plus loin.
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