Dog ***
Par Vincent Perriot. Éditions de La Cerise, 19 €, février 2012.
En pleine mer, un naufragé est sauvé de nuit par des marins. Une séquence parallèle le montre en train d’errer dans les rues, en homme affaibli, en hobo abattu au regard noir – s’il fallait situer l’endroit, ce pourrait être quelque région anglo-saxonne où les perdus de la vie sont laissés à eux-mêmes.
Ce misérable sauvé des eaux, que va-t-il devenir ? Il ne possède rien, ne connaît personne. Il voit des choses étranges et magnifiques. Il n’a peut-être pas toute sa raison. Il boit. Sa conscience en débris dérive dans la nuit, dans les gares ferroviaires ou au milieu de la faune urbaine…
Une page, un dessin, mais aucune parole, ni un phylactère : Vincent Perriot (Clafoutis, Belleville Story…), de son noir crayon impressionniste, trace les visions plus ou moins hallucinées de ce clochard qui n’est plus vraiment de ce monde, au point d’en devenir dangereux. Son regard finit par errer et se perdre, par ne plus pouvoir tirer un sens du monde. La faculté d’assembler ce qui est vu, d’en offrir une composition cohérente, semble disparaître. La réalité du paysage urbain, assiégée par la folie, prend des accents escheriens. Les proportions changent. L’homme obéit au tempo de ses fulgurantes hallucinations. Il vit des aventures rocambolesques dont nous ne croyons rien.
Le titre évoque un « chien ». Un élément récurrent, une barque perdue sur la mer déchaînée et qui perd ses passagers, pourrait symboliser l’esprit de cet ancien homme qui se délite pour ne plus laisser aux commandes qu’un « ça » forcément animal. Il faut plusieurs lectures pour arriver au bout du voyage que propose cet album lynchien !
Cyril Pasteau
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